Pendant longtemps, le modèle de l’office notarial mono-site a constitué la norme absolue en France. Un notaire, un office, un territoire. Mais depuis la loi Macron de 2015 et l’accélération de la concentration économique du secteur, ce paradigme se fissure. Aujourd’hui, un nombre croissant de notaires titulaires franchissent le cap de la croissance externe en acquérant un ou plusieurs offices supplémentaires pour constituer ce que la profession appelle un « multi-offices ».

Cette stratégie n’est pas réservée aux grandes structures parisiennes. Elle concerne aussi des notaires installés en province, soucieux de renforcer leur ancrage territorial, d’atteindre une taille critique ou d’anticiper la raréfaction de collaborateurs qualifiés. Encore faut-il en maîtriser les règles du jeu : cadre juridique, agrément, financement, organisation opérationnelle — les paramètres sont nombreux et exigeants.

Dans cet article, Malatiré fait le point complet sur le développement en multi-offices notarial : pourquoi y aller, comment y aller, et dans quelles conditions.

Qu’est-ce qu’un multi-offices notarial ? Définition et cadre légal

La définition réglementaire

Un multi-offices désigne principalement  deux situations : soit une société (SEL) qui détient directement plusieurs offices notariaux soit une société type Holding SPFPL qui détient des participations dans des sociétés (SEL) titulaires d’offices notariaux. Il peut y avoir de multiples combinaisons des ces différentes configurations que nous n’évoquerons pas par souci de simplification. La il s’agit donc de société notariale qui doivent faire, en fin d’année, plusieurs “déclaration d’activité professionnelle” (DAP), une pour chaque office. Il ne faut pas confondre multi-offices et simple ouverture d’un bureau annexe. Un bureau annexe (ou « bureau secondaire ») est une extension de l’office principal, sans existence juridique autonome. Un multi-offices, à l’inverse, implique plusieurs entités agréées, potentiellement avec des structures juridiques distinctes.

Le cadre issu de la loi Macron (2015)

La loi n°2015-990 du 6 août 2015 a profondément libéralisé le notariat en introduisant la libre installation dans les zones sous-dotées et en facilitant la détention de participations croisées entre offices. Avant cette réforme, la détention par un même notaire de parts dans plusieurs SCP était strictement encadrée et souvent impossible en pratique.

Depuis, les règles ont évolué : un notaire associé peut détenir des parts dans plusieurs sociétés notariales, sous réserve que cela ne compromette pas l’indépendance de l’exercice et que l’ensemble des agréments requis soit obtenu. En effet, un notaire ne peut être exerçant que dans un seul office. Le décret n°2024-873 du 14 août 2024, pris dans le cadre de la réforme de l’exercice libéral en société, a par ailleurs précisé les nouvelles règles applicables aux SEL et SELAS notariales, ouvrant de nouvelles perspectives de structuration.

Pourquoi développer un multi-offices ? Les opportunités stratégiques

1. Préambule

Le développement d’une société multi-offices ne saurait résulter d’une démarche improvisée : il doit s’inscrire dans une vision stratégique clairement définie et partagée entre les associés. À cet égard, une stratégie visant à constituer un ensemble inter-régional cohérent diffère fondamentalement d’une stratégie de déploiement de pôles d’expertise au sein de villes limitrophes ou proches géographiquement.

C’est uniquement une fois cette orientation stratégique solidement établie et pleinement appropriée par l’ensemble des parties prenantes qu’un plan d’action structuré pourra être élaboré — au sein duquel l’acquisition de tel ou tel office viendra s’inscrire comme un levier essentiel de sa mise en œuvre.

Dans la mesure où il s’agit là de décisions éminemment structurantes pour l’avenir de la structure, il nous paraît particulièrement hasardeux de procéder à l’inverse, c’est-à-dire de laisser une opportunité ponctuelle dicter la stratégie, plutôt que d’en constituer la conséquence naturelle.

2. Atteindre une taille critique face à la concurrence

Le marché notarial français est en phase de consolidation. Entre 2017 et 2025, plusieurs centaines d’offices se sont rapprochés. Face aux grandes structures qui peuvent investir de manière plus importante, avoir des équipes spécialisées et donc prendre des dossiers souvent plus importants et rémunérateurs, avoir des associés qui peuvent dégager du temps pour prospecter, un office de taille modeste aura plus de difficultés même s’il sera parfois plus agile.

Acquérir un second office permet de mutualiser les coûts fixes (comptabilité, informatique, formation, communication), d’améliorer les marges et d’attirer des profils de clercs ou de notaires salariés qui préfèrent des structures offrant des perspectives d’évolution voire qui permettent d’évoluer sur des géographies différentes. Attention cependant à certains coûts qui vont se dupliquer car deux offices signifient aussi : deux standardistes, deux photocopieurs…

3. Renforcer l’ancrage territorial et fidéliser la clientèle

Un office notarial tire l’essentiel de son chiffre d’affaires de sa zone de chalandise. Ouvrir ou acquérir un second office à proximité — dans un bassin de vie complémentaire — permet de couvrir un territoire plus vaste tout en restant cohérent avec une identité locale forte. Cette stratégie est particulièrement pertinente dans les zones rurales et péri-urbaines où la demande est réelle.

4. Sécuriser l’activité face aux aléas

La dépendance à un seul marché local (immobilier résidentiel, par exemple) peut fragiliser un office mono-site en cas de retournement conjoncturel. Un multi-offices géographiquement diversifié — ou couvrant des activités différentes (droit de la famille, droit des affaires, transactions agricoles) — offre une résilience accrue.

5. Préparer une transmission progressive

Pour un notaire titulaire approchant de la retraite, le multi-offices peut aussi être un outil de transmission intelligente : céder progressivement des parts dans les différentes entités, associer un ou plusieurs successeurs, et organiser la sortie sur plusieurs années plutôt qu’en une seule opération. Qui dit multi-offices dit pluralité d’associés et donc une dépendance moins forte, en principe, à un seul associé. 

Les contraintes réglementaires à ne pas négliger

L’agrément préalable du Garde des Sceaux

Toute acquisition de parts dans un nouvel office notarial — qu’il s’agisse d’une prise de participation minoritaire ou d’une acquisition majoritaire — est soumise à la procédure d’agrément du ministère de la Justice. Ce processus implique notamment :

  • La vérification de la capacité professionnelle de l’acquéreur
  • La consultation du Conseil supérieur du notariat (CSN)
  • Un délai de traitement pouvant aller de 2 à 5 mois selon la complexité du dossier

Il est donc impératif d’anticiper ces délais dans le calendrier d’acquisition, sous peine de voir la transaction se prolonger bien au-delà des prévisions initiales.

L’indépendance et la prévention des conflits d’intérêts

Le Code de déontologie des notaires impose que chaque office conserve son indépendance. Les associés de structures multi-offices doivent veiller à ce qu’aucune situation de conflit d’intérêt ne puisse compromettre la neutralité de l’acte authentique. En pratique, les dossiers impliquant des parties clientes des deux offices devront être gérés avec une vigilance accrue. 

La gouvernance des sociétés

Détenir des parts dans plusieurs SEL implique une gouvernance multi-niveaux : assemblées générales, pactes d’associés, répartition des bénéfices, droits de préemption entre associés. La rédaction de statuts solides et de pactes d’associés rigoureux est indispensable pour éviter les situations de blocage.

La réglementation sur la détention croisée de parts

Depuis la réforme de 2024, des règles spécifiques encadrent les prises de participation d’une société notariale dans une autre. Il convient de consulter un conseil spécialisé — en l’occurrence votre avocat ou un expert comme Malatiré — pour s’assurer que la structure envisagée est conforme aux textes en vigueur.

Comment financer l’acquisition d’un second office notarial ?

L’évaluation préalable : un incontournable

Avant toute démarche de financement, la valeur du second office doit être établie avec précision. Les méthodes usuelles (multiple d’EBE, pourcentage du chiffre d’affaires) s’appliquent, mais les conditions de marché de 2025-2026 — avec une reprise progressive des transactions immobilières — peuvent avoir un impact significatif sur les valorisations. 

L’impact d’une mauvaise valorisation pour l’achat d’un nouvel office peut être lourd dans la mesure où cette valorisation sera enregistrée dans le poste immobilisations incorporelles du bilan comptable de la structure détentrice de l’office. Une valorisation trop élevée, par exemple, constituera un boulet dans l’évaluation de la structure qui aura acquis ledit office. 

Un cabinet expert en évaluation d’offices notariaux comme Malatiré pourra vous accompagner dans cette démarche. 

Le prêt professionnel bancaire

La solution la plus courante reste le financement par emprunt bancaire. Les banques qui accompagnent les professions libérales réglementées (Banque des territoires, Interfimo ainsi que certaines banques commerciales classiques) proposent des conditions spécifiques aux notaires et notamment des durées d’emprunt qui peuvent aller jusqu’à 12 voire 15 ans. 

Les banques analyseront la rentabilité consolidée de l’ensemble des offices pour apprécier la capacité de remboursement. Un dossier de financement solide doit inclure : les bilans des 3 derniers exercices de chaque entité, un business plan prévisionnel consolidé, et une note sur la stratégie de développement.

La encore, la valorisation est déterminante puisque si elle est mal réalisée et conduit à une survalorisation, cela va très probablement conduire à la non obtention du financement par le banquier. En cas de changement du marché, notamment immobilier, une surévaluation fera peser sur la structure une dette trop importante. 

La prise de participation progressive

Plutôt que d’acquérir 100 % d’un office dès le départ, certains notaires ou structurent optent pour une entrée minoritaire (par exemple 10 à 49 % des parts) dans un premier temps, puis augmentent leur participation progressivement. Cette approche limite le besoin de financement initial et permet de tester la complémentarité des deux structures avant de s’engager pleinement.

Organisation et management d’un multi-offices : les clés du succès

Choisir et fidéliser un responsable d’office sur site

Le principal risque d’un multi-offices mal géré est la dilution de la qualité de service dans les différents offices. Un notaire titulaire ne pouvant être exerçant que dans un office à la fois, le choix des associés est déterminant pour assurer une qualité de service quel que soit le lieu de réception.

Harmoniser les outils et les process

Un système d’information unifié (logiciel métier commun, base de données clients partagée, processus de facturation standardisés) est la colonne vertébrale d’un multi-offices efficient. Cela permet également de détecter rapidement les signaux faibles (baisse d’activité sur un site, absentéisme, perte de clientèle).

La communication et le marketing territorial

Un multi-offices doit soigneusement arbitrer entre une image de marque commune (lisibilité, notoriété) et une identité locale forte pour chaque site (ancrage dans le tissu local, relation de proximité). Une stratégie de communication digitale différenciée par site — avec une page Google Business Profile et un référencement local optimisé — est souvent la meilleure approche.

Conclusion

Le développement en multi-offices représente une évolution majeure du notariat français, rendue possible par les réformes législatives engagées depuis 2015. Loin d’être une simple opportunité de croissance, il constitue avant tout un projet stratégique structurant, qui exige une vision claire et partagée entre associés. Les bénéfices sont réels — mutualisation des coûts, renforcement territorial, diversification des risques — mais les contraintes le sont tout autant : agrément ministériel, gouvernance multi-niveaux, financement maîtrisé et valorisation rigoureuse des offices acquis. Sur le plan opérationnel, la réussite repose sur la qualité des associés présents dans chaque site, l’harmonisation des outils et une communication adaptée à chaque territoire. Le multi-offices notarial n’est pas un modèle universel : il est la récompense d’une ambition méthodiquement construite.

Malatiré accompagne les notaires titulaires dans ces projets de croissance externe, de la détection d’opportunités à la finalisation de l’acquisition. Nos équipes connaissent en profondeur le marché de la cession d’offices notariaux en France et peuvent vous apporter une vision claire, rapide et confidentielle de votre projet.

Vous souhaitez en savoir plus ? Contactez-nous pour un premier échange sans engagement.

Questions fréquentes

Un notaire peut-il posséder plusieurs offices notariaux ?

Un notaire ne peut être “notaire exerçant” dans plusieurs structures. Par contre il peut posséder des titres de holding ou SEL qui détiennent plusieurs offices directement ou indirectement sous réserve d’obtenir les agréments du Garde des Sceaux pour chaque acquisition et de respecter les règles déontologiques d’indépendance. 

Quel est le financement typique pour l’achat d’un second office notarial ?

Sur le plan financier, l’acquisition d’un office notarial repose généralement sur un apport personnel représentant 20 à 30 % du prix de cession, adossé à un prêt professionnel dont la durée s’étend le plus souvent entre 12 et 15 ans. Mais au-delà du montage financier, deux éléments s’imposent comme les véritables pierres angulaires d’une acquisition réussie : la rigueur de la valorisation de l’office convoité, et la qualité des associés avec lesquels l’aventure sera conduite.

C’est précisément sur ces deux leviers que Malatiré accompagne les notaires depuis plus d’un siècle. Fort d’une expertise forgée au fil de centaines de rapprochements, Malatiré excelle dans l’identification d’associés partageant une même vision du notariat et des valeurs communes — condition sine qua non d’une collaboration durable. Son savoir-faire en matière d’évaluation d’offices notariaux garantit par ailleurs des valorisations fiables, indispensables à la solidité du projet tant sur le plan bancaire que stratégique.

Quelle est la durée de la procédure d’agrément pour un multi-offices ?

La procédure d’agrément auprès du ministère de la Justice via la plateforme OPM prend en moyenne 2 à 5 mois selon la complexité du dossier. Nous pouvons vous accompagner aussi dans ces démarches.